C’est une question de vide

C’est le vide qui est au coeur de ma détresse. Le vide m’envahit, il n’est plus seulement situé comme un poids sur ma cage thoracique; l’intérieur de mes doigts, de mes orteils sont même vides. Il ne se matérialise pas, pour la plupart des gens qui vous côtoies il ne se voit pas non plus. Il est par contre continuellement, et toujours en sourdine, d’une pesanteur douloureuse. Impossible de l’oublier, mais surtout impossible de le combler.

On peut chercher à le combler de différente manières; alchool, drogue, médicaments, gambling, contrôle ou outrance de la nourriture, s’étourdir de milliers de choses ultra urgentes à faire, espérer une grande noirceur. Il doit y avoir tant de façon que d’êtres humains. Je pense qu’une femme peut, l’espace d’un instant, désirer y mettre (ou re-mettre) une vie; mais ce n’est pas une bonne idée à long terme. Même si on a, un de ses quatre, le sourire du champion de l’avoir momentanément rempli, on constate rapidement qu’aucune des façons décrites n’arrive à prendre, ne serait-ce que la moitié, de l’espace de ce vide.

On est prit avec. Certains naîtront avec un début de vide, que la vie se chargera d’en faire une épidémie. Des gens vivront avec un vide inconscient. Pour certains autres ce sera un choc: pouf! un immense vide tout d’un coup. Peut-être qu’il y a des élus qui ne ressentirons jamais ce vide; chanceux.

Je crois avoir des vides ici et là depuis l’âge d’Élisyane. J’avais certainement trouver des façons temporaires de les dissimuler, avec succès. Jusqu’au jour où j’ai compris qu’ils avaient tous trop pris de place. Tant de place que j’ai explosée. Une fois mon corps vidé de mon vide, j’ai pensé que je n’aurai jamais à revivre de vides aussi handicapants. Il y a bien un bout à se vider pour se remplir de vide.

Ma vie a changé de cap, avec l’histoire que vous connaissez. Avec le travail j’avais rempli la totalité de mon vide durant l’année 2009. Puis, deux bébés venaient de le combler! J’ai tout perdu; mes rêves, mes projets, mes enfants riant chacune debout dans leur couchette, j’ai perdu ma carrière, j’ai perdue l’insouciance d’une mère qui voit son enfant d’âge scolaire en étant persuadée de ne pas lui avoir causé de traumatisme psychologique, j’ai perdu mon droit d’être impatiente comme n’importe quelle mère, j’ai perdu la chance d’une deuxième chance que l’on espère lorsqu’on a raté. J’ai perdu les bébés comme je les avais espérés, j’ai amené à mort mon enfant.

Mon bébé partie, le vide ne cesse de s’agrandir. Je n’arrive pas à éprouver quelque sérénité que ce soit, en quoi que ce soit. Mon envie des autres; seulement que ces personnes possèdent ou représentent ce qui pourrait combler mon vide. Ma frustration c’est la douleur qui jaillit de mon vide. Mes larmes; c’est que le vide presse mon corps comme un citron.

Le vide a des symptômes. Il déconnecte volontairement certains  circuits de votre cerveau. Il vous fait faire de l’insomnie, vous donne des douleurs articulaires, des brûlements d’estomac, des désordre intestinaux, peut vous faire perdre et prendre du poids de façon fulgurante, il met votre coeur en cage et laisse s’envoler la joie.

Ce qui est le plus surprenant, c’est la capacité de l’humain à s’adapter à lui juste assez pour continuer à fonctionner normalement, ou presque. Même si c’est parfois à ce demander comment (!?!) on est toujours bel et bien en vie. Mais, uniquement vous savez comment il vous fait cruellement défiler des films de vos souvenirs douloureux. Plusieurs n’en pouvait plus de vivre avec lui. Et pourtant, il reste tant de bonnes choses qui ne demande qu’à imprégner votre intérieur de bonheur. La difficulté : comment on fait pour laisser entrer ces effluves de soleil dans un endroit caverneux qui nous semble sans issue.

Je n’arriverai jamais à combler le vide créer, à la fois, par la vie et le décès de Rose que part la route tracée pour Alys. Je crois que l’entraînement pour l’apprivoiser sera ardu et sinueux.

Comment survivre à sa fille? Une question de vie ou de vide?

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