Vivre normalement c’est angoissant

Retrouver une vie relativement normale après tempêtes par-dessus tempêtes, c’est à la fois agréable et angoissant. Je la cherche partout, ma Rose, et, à la fois, j’ai parfois l’impression qu’elle n’a jamais existé.

Ce matin, Alys a commencé ses cours de natation. Vous savez, les cours cute que l’on fait avec notre bébé pour combler notre congé de maternité. Je me disais que ce serait bien de voir de nouvelles personnes et de nouveaux bébés…Des mamans toutes heureuses, rayonnantes, des bébés en santé… ouin… Je me sentais complètement à part. Je remarque que l’on me regarde de plus en plus avec un mélange de pitié et d’admiration. J’ai dû inscrire Alys avec des plus petits qu’elle à cause de son handicap et elle est restée complètement crispée tout le long et ses jambes sont restées raides plusieurs heures après. C’est ça ma réalité. J’espère qu’avec le temps, elle et moi, on se décoincera. Une activité si normale, que j’ai vécue avec une pointe d’amertume et d’angoisse.

Vivre normalement veut parfois dire vivre des émotions normalement. J’ai tellement vécu avec des épisodes maniaques et des épisodes dépressifs, sans entre-deux, que j’en suis restée avec cette habitude. Avant, je pouvais suffoquer, suer, tomber indéfiniment dans un gouffre sans fond, ne voir que la mort comme solution. Ou encore être complètement invincible et tellement extraordinaire.

Maintenant, je vis mes émotions de façon normale, parce que j’ai appris à vivre avec moi-même et que je suis sous médication depuis des années. Normale, comme on peut vivre un deuil comme le mien… Je me trouvais trop zen et ça m’inquiétait. Ça m’angoissait terriblement de ne pas avoir arrêté de manger, de dormir, de me laver ou de m’occuper de mes enfants adéquatement. Jusqu’à ce que je comprenne, qu’en fait, je ne vivais que normalement. Mes crises de larmes sont quotidiennes, mais aussi, certains moments sont délicieux. Indépendamment qu’elle soit présente ou non dans ma tête lors de ces moments.

Il y a une vie après la mort, elle ne correspond tout simplement pas à l’idée que l’on s’en fait. Rose vit parmi nous maintenant. Et si vous avez lu l’article précédent, vous comprendrez ceci; la raison de vivre d’Alys est toute simple. Sa mission est de me permettre de vivre une vie après la mort de mon enfant. Ça me crève le cœur de l’avouer, mais sans Alys, et même avec Élisyane, je n’y arriverais pas aussi normalement.

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